Dans un article intitulé "Responsabilité sociale", le philosophe Alexandre Zinoviev, disparu en 2006, notait :
"Une caractéristique importante de l'absence de responsabilité sociale en Occident consiste également à sous-évaluer l'intrusion des étrangers. Il est bien connu que les barbares ont détruit l'empire romain. Mais ils l'ont fait non seulement en procédant à des attaques de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur, c'est à dire en s'infiltrant dans les structures de la société. Quelque chose de semblable se produit aujourd'hui en Occident. Des millions et des millions de personnes venant de différents endroits du monde se sont introduits dans les pays occidentaux. De plus, s'agissant de cette question, l'idée dominante est que l'Occident utilise les étrangers dans ses propres intérêts (par exemple, comme main d'œuvre bon marché), et qu'il va continuer à le faire. Mais tout change. Et à présent, il est bien difficile de dire qui exploite qui, et dans quelle mesure. Les étrangers qui sont parvenus à s'installer en Occident, sont convaincus que ce sont eux qui exploitent l'Occident, et qu'ils font sa conquête pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Et l'Occident est incapable d'arrêter ce flot. Il est lui-même devenu l'esclave de ceux qu'il voulait utiliser comme main d'œuvre servile. L'intrusion des étrangers ne détruit pas moins la civilisation occidentale que des guerres dévastatrices."
Cet article a été publié en russe, en 1983, par les éditions l'Age d'homme, dans un recueil intitulé "Ni liberté, ni égalité, ni fraternité".
En fait, les paroles de Zinoviev ne sont pas exceptionnelles, beaucoup d'autres, y compris en France, ont été tout aussi clairvoyants, mais personne n'a voulu les entendre.
Evoquant le cas de ses propres compatriotes, Alexandre Zinoviev attribuait leur irresponsabilité au fait d'être soit des idiots pathologiques, soit des gens animés de mauvaises intentions contre leur propre pays, soit encore des escrocs.
A la décharge des Français auxquels on pourrait faire les mêmes reproches, force est de constater qu'ils subissent depuis des décennies la violence d'une propagande véhiculée par les médias français, médias de connivence, et que cette propagande vient de conduire, au nom d'une liberté d'expression dévoyée et à laquelle les simples mortels n'ont généralement pas accès, tous les politiciens français (y compris les partis d'opposition) et des millions de gens à défiler comme des moutons derrière une clique de dirigeants politiques, premiers responsables de la situation, et notamment derrière un président incapable et menteur qui est maintenant porté aux nues.
C'est désespérant, mais que faire? Et après tout, l'empire romain méritait-il d'être sauvé?
La grande presse, les grands médias forment l'opinion publique, et peuvent à leur aise diffuser l'information ou la propagande. Le vrai journaliste, c'est celui qui doute et qui cherche la vérité, celui qui informe. Alors, si vous vous limitez à "l'information" diffusée par les grands médias, et comme aurait pu le dire Geneviève Tabouis, "Attendez-vous à ne pas savoir ..."
samedi 17 janvier 2015
vendredi 16 janvier 2015
Prothèses auditives et intelligence pétillante!
Je cherche à acheter un appartement et, répondant à une annonce immobilière, j'appelle le vendeur. Pour être sûr de bien entendre, je porte mes prothèses auditives. Mon correspondant me répond, me donne ses coordonnées et son nom qu'il prend le soin d'épeler, en ajoutant : "... comme l'eau minérale!"
Je ne comprends pas son nom. C'est quelque chose comme "pommier", "prunier", "merdier". Il est presque certain que ça se termine en "yé".
Je lui fais répéter. Il répète et ajoute : "... comme l'eau minérale!"
N'ayant toujours pas compris, je lui demande de bien vouloir de nouveau répéter. Un peu agacé, il répète de nouveau son nom, suivi de "... comme l'eau minérale".
Réalisant qu'il a affaire à un cas sérieux, il ajoute un indice supplémentaire : "...gazeuse!".
Je ne comprends toujours rien, mais cette fois-ci, je n'ose pas lui demander de répéter, et je lui donne rendez-vous pour le lendemain, en proposant de l'appeler - mais par quel nom? - sur son téléphone portable.
La question me taraude et me plonge dans un abîme de perplexité. Pendant des heures, je cherche un nom. A la fin de l'après-midi, j'ai un éclair ou plutôt, une vague lueur. Epuisé par la réflexion, je balbutie : "Ca doit être Perrier! "
Lorsqu'enfin, je visite l'appartement, les canalisations me paraissent en mauvais état, et je ne veux pas risquer un dégât des eaux.
Je n'ai pas acheté l'appartement. Tant pis pour Monsieur Poirier.
Je ne comprends pas son nom. C'est quelque chose comme "pommier", "prunier", "merdier". Il est presque certain que ça se termine en "yé".
Je lui fais répéter. Il répète et ajoute : "... comme l'eau minérale!"
N'ayant toujours pas compris, je lui demande de bien vouloir de nouveau répéter. Un peu agacé, il répète de nouveau son nom, suivi de "... comme l'eau minérale".
Réalisant qu'il a affaire à un cas sérieux, il ajoute un indice supplémentaire : "...gazeuse!".
Je ne comprends toujours rien, mais cette fois-ci, je n'ose pas lui demander de répéter, et je lui donne rendez-vous pour le lendemain, en proposant de l'appeler - mais par quel nom? - sur son téléphone portable.
La question me taraude et me plonge dans un abîme de perplexité. Pendant des heures, je cherche un nom. A la fin de l'après-midi, j'ai un éclair ou plutôt, une vague lueur. Epuisé par la réflexion, je balbutie : "Ca doit être Perrier! "
Lorsqu'enfin, je visite l'appartement, les canalisations me paraissent en mauvais état, et je ne veux pas risquer un dégât des eaux.
Je n'ai pas acheté l'appartement. Tant pis pour Monsieur Poirier.
mercredi 14 janvier 2015
Les mesures anti-terroristes du gouvernement : un cataplasme sur une jambe de bois?
Lors de son intervention devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre français, M. Manuel Vals, s'étranglant d'indignation, a fait l'annonce de différentes mesures destinées à rendre plus efficace la lutte contre le terrorisme.
Le discours du Premier ministre a suscité chez les députés émotion et enthousiasme, au point que les élus ont entonné la Marseillaise, et que certains ont même pleuré. Le fait que des députés français chantent dans l'hémicycle l'hymne national français a paru tellement exceptionnel que la presse, unanime, a pu souligner cet étonnant élan de patriotisme.
Les mesures prises par le gouvernement français sont à présent connues. Il s'agit pour l'essentiel de mesures policières que l'on ne peut qu'approuver, et dont on reste seulement étonné qu'elles n'aient pas été adoptées plus tôt, car enfin, le terrorisme n'est pas né hier, et il s'est à de nombreuses reprises manifesté sur le territoire français.
L'objectivité contraint à dire qu'évoquer les possibilités d'une éradication complète du terrorisme relève du charlatanisme, et s'avère aussi vain que de rêver à une disparition totale de la criminalité, tant ces phénomènes tiennent à la nature même de nos sociétés et de l'individu.
Derrière la rapidité de la réaction présidentielle et gouvernementale, qualifiée presque unanimement de remarquable par les commentateurs et les acteurs de la scène politique, se profile malheureusement une absence presque totale de réflexion sur les causes anciennes et profondes du terrorisme.
La réflexion est toute aussi absente de l'analyse des causes des attentats de la semaine dernière, attentats qui ont été présentés, dans une propagande martelée par la presse, comme une atteinte à la liberté d'expression, et qui ont entraîné une manifestation d"'unité nationale", composée de tous les "Je suis Charlie" mobilisables, acceptant de défiler derrière un aréopage bien protégé de chefs d'Etat, de ministres, d'ambassadeurs, de personnalités dont on a feint d'oublier que pour certains, ils ont pratiqué ou pratiquent encore le terrorisme.
Si elle a été le prétexte des attentats de la semaine dernière, la publication des caricatures de Mahomet, n'est de toute évidence pas la cause d'un terrorisme qui sévit depuis des dizaines d'années.
Force est pourtant de constater une singularité.
La publication des caricatures de Mahomet a en effet suscité, de la part d'extrémistes se réclamant d'un Islam fanatique, des assassinats et une réaction de violence et de haine sans comparaison avec l'indignation somme toute et fort heureusement mesurée que des dessins tout aussi injurieux à l'égard de l'église catholique et des rabbins avaient entraînée.
Comment dès lors expliquer et comprendre les raisons d'une telle différence dans les réactions de croyants, ou de personnes se réclamant de croyances religieuses différentes? Les Musulmans constitueraient-ils, par nature, une communauté plus dangereuse que les autres religions?
Pour ne pas répondre à cette question qu'il est sans doute malséant de poser, le premier et le meilleur moyen est sans doute de ne pas la poser. C'est ce que font très généralement les médias et les politiciens.
Le second moyen consiste à soutenir que les terroristes n'étaient pas de vrais musulmans, qu'ils ne pouvaient qu'avoir une vision fausse, déformée de l'Islam, éloignée de la religion d'amour que serait l'Islam et que dès lors, il n'y a pas lieu de s'attarder sur cette question. On aimerait qu'il en soit ainsi.
D'autres, sous prétexte de ne pas vouloir se voiler hypocritement ou candidement la face, soutiennent avec vigueur, en se fondant parfois sur les textes sacrés, que l'Islam, religion de conquête, contient tous les germes de la violence, et que l'intolérance est sa caractéristique essentielle. Les partisans de cette thèse alimentent une islamophobie qui est elle-même extrêmement dangereuse, puisqu'elle prend un aspect raciste en s'exerçant à l'encontre d'une population maghrébine, indépendamment même de toute adhésion à l'Islam, et qu'elle ne laisse entrevoir aucune autre issue que l'affrontement des communautés.
Cette réponse que l'on peut qualifier de raciste et d'islamophobe, est en définitive tout aussi hypocrite que le refus de discuter des singularités et de la place de l'Islam en France et dans le monde.
Les arguments parfois savants des islamophobes sont heureusement par la réalité et la présence en France d'une importante communauté musulmane, majoritairement modérée.
Les causes de la violence d'une petite frange de la communauté musulmane, comparée à la modération relative des autres communautés, semblent se situer non pas dans l'Islam lui-même, mais davantage dans l'injustice qui est faite aux musulmans.
Injustice au Moyen Orient, où des populations civiles sont victimes depuis des décennies des annexions et des interventions d'Israël, comme des bombardements, des occupations et des crimes des Etats Unis et de leurs alliés.
Injustice en France, avec un chômage de masse dont les premières victimes sont les Beurs, ghettoïsés dans leurs banlieues et dans les cités.
Injustice dans les médias et dans le traitement de l'information, avec une presse largement et généralement favorable à la politique des Etats Unis et d'Israël, et peu encline à montrer, à critiquer ou à commenter les guerres dont sont victimes les populations civiles du Moyen Orient.
Injustice de la société française et de l'opinion publique, obnubilées par l'appétit de consommation, par le matérialisme, par l'individualisme, et insensibles à la misère. La manifestation de dimanche dernier pour la "liberté d'expression", dans sa conception la plus dévoyée, était aussi le défilé de la trouille. De la trouille au nom de laquelle beaucoup sont sans doute prêts à accepter d'importantes atteintes aux libertés qu'ils prétendent défendre.
Perte de tous les repaires moraux, et culte de la violence dans les médias et au cinéma. Surdité avérée aux appels lancés par le pape François, par le patriarche Cyrille, par d'autres, par la conscience, pour plus de justice et de respect.
Les attentats de la semaine dernière auraient pu agir comme un électrochoc. Mais, reprenant peu à peu ses esprits, la société française donne des signes qui ne sont guère encourageants.
Les lycéens ayant refusé de participer la semaine dernière à la minute de silence organisée dans leurs établissements sont traités de "petits cons" par un grand journaliste, invité dans un débat télévisé. L'insulte peut difficilement être considérée comme une pédagogie.
La publication d'un rapport du Sénat américain sur les tortures pratiquées par la CIA dans le cadre de la lutte anti-terroriste ne soulève pratiquement aucune indignation en France où certains, réclamant déjà l'adoption d'un patriot act à la française, s'accommoderaient sans doute de quelques aménagements avec la morale si cela pouvait assurer leur sécurité.
La manifestation des "Je suis Charlie", dimanche dernier, témoigne elle aussi d'une profonde incompréhension de ce qui s'est passé, et qui ne saurait être réduit à une attaque contre la liberté d'expression.
En fait, une lutte plus efficace contre le terrorisme passe par une redéfinition de la politique étrangère de la France qui doit refuser tout alignement, et qui doit donner une cohérence à ses actions extérieures. Il est également nécessaire de "mettre le paquet" sur la question du chômage, et de prendre enfin réellement en charge toute une population de jeunes, livrés à eux-mêmes et soumis aux tentations de la délinquance et de l'extrémisme.
Mais pour cela, il faudra avant toute chose un véritable sursaut moral de la société française qui, au lieu de se bercer de mots et de slogans sur les libertés et les droits individuels, devra retrouver les valeurs que sont l'esprit de justice et de tolérance.
Vaste programme, car notre société est menacée par un mélange détonnant, constituée par une mauvaise lecture de l'Islam, une injustice généralisée, et une jeunesse désespérée, et donc manipulable.
Le gouvernement prend quelques mesures policières ou techniques, le contrôle des frontières, celui des armes en circulation ne sont toujours pas assurés. Oui, ces mesures sont sans doute utiles, mais c'est un simple cataplasme, posé non pas sur une jambe de bois, mais sur une machine infernale.
Le discours du Premier ministre a suscité chez les députés émotion et enthousiasme, au point que les élus ont entonné la Marseillaise, et que certains ont même pleuré. Le fait que des députés français chantent dans l'hémicycle l'hymne national français a paru tellement exceptionnel que la presse, unanime, a pu souligner cet étonnant élan de patriotisme.
Les mesures prises par le gouvernement français sont à présent connues. Il s'agit pour l'essentiel de mesures policières que l'on ne peut qu'approuver, et dont on reste seulement étonné qu'elles n'aient pas été adoptées plus tôt, car enfin, le terrorisme n'est pas né hier, et il s'est à de nombreuses reprises manifesté sur le territoire français.
L'objectivité contraint à dire qu'évoquer les possibilités d'une éradication complète du terrorisme relève du charlatanisme, et s'avère aussi vain que de rêver à une disparition totale de la criminalité, tant ces phénomènes tiennent à la nature même de nos sociétés et de l'individu.
Derrière la rapidité de la réaction présidentielle et gouvernementale, qualifiée presque unanimement de remarquable par les commentateurs et les acteurs de la scène politique, se profile malheureusement une absence presque totale de réflexion sur les causes anciennes et profondes du terrorisme.
La réflexion est toute aussi absente de l'analyse des causes des attentats de la semaine dernière, attentats qui ont été présentés, dans une propagande martelée par la presse, comme une atteinte à la liberté d'expression, et qui ont entraîné une manifestation d"'unité nationale", composée de tous les "Je suis Charlie" mobilisables, acceptant de défiler derrière un aréopage bien protégé de chefs d'Etat, de ministres, d'ambassadeurs, de personnalités dont on a feint d'oublier que pour certains, ils ont pratiqué ou pratiquent encore le terrorisme.
Si elle a été le prétexte des attentats de la semaine dernière, la publication des caricatures de Mahomet, n'est de toute évidence pas la cause d'un terrorisme qui sévit depuis des dizaines d'années.
Force est pourtant de constater une singularité.
La publication des caricatures de Mahomet a en effet suscité, de la part d'extrémistes se réclamant d'un Islam fanatique, des assassinats et une réaction de violence et de haine sans comparaison avec l'indignation somme toute et fort heureusement mesurée que des dessins tout aussi injurieux à l'égard de l'église catholique et des rabbins avaient entraînée.
Comment dès lors expliquer et comprendre les raisons d'une telle différence dans les réactions de croyants, ou de personnes se réclamant de croyances religieuses différentes? Les Musulmans constitueraient-ils, par nature, une communauté plus dangereuse que les autres religions?
Pour ne pas répondre à cette question qu'il est sans doute malséant de poser, le premier et le meilleur moyen est sans doute de ne pas la poser. C'est ce que font très généralement les médias et les politiciens.
Le second moyen consiste à soutenir que les terroristes n'étaient pas de vrais musulmans, qu'ils ne pouvaient qu'avoir une vision fausse, déformée de l'Islam, éloignée de la religion d'amour que serait l'Islam et que dès lors, il n'y a pas lieu de s'attarder sur cette question. On aimerait qu'il en soit ainsi.
D'autres, sous prétexte de ne pas vouloir se voiler hypocritement ou candidement la face, soutiennent avec vigueur, en se fondant parfois sur les textes sacrés, que l'Islam, religion de conquête, contient tous les germes de la violence, et que l'intolérance est sa caractéristique essentielle. Les partisans de cette thèse alimentent une islamophobie qui est elle-même extrêmement dangereuse, puisqu'elle prend un aspect raciste en s'exerçant à l'encontre d'une population maghrébine, indépendamment même de toute adhésion à l'Islam, et qu'elle ne laisse entrevoir aucune autre issue que l'affrontement des communautés.
Cette réponse que l'on peut qualifier de raciste et d'islamophobe, est en définitive tout aussi hypocrite que le refus de discuter des singularités et de la place de l'Islam en France et dans le monde.
Les arguments parfois savants des islamophobes sont heureusement par la réalité et la présence en France d'une importante communauté musulmane, majoritairement modérée.
Les causes de la violence d'une petite frange de la communauté musulmane, comparée à la modération relative des autres communautés, semblent se situer non pas dans l'Islam lui-même, mais davantage dans l'injustice qui est faite aux musulmans.
Injustice au Moyen Orient, où des populations civiles sont victimes depuis des décennies des annexions et des interventions d'Israël, comme des bombardements, des occupations et des crimes des Etats Unis et de leurs alliés.
Injustice en France, avec un chômage de masse dont les premières victimes sont les Beurs, ghettoïsés dans leurs banlieues et dans les cités.
Injustice dans les médias et dans le traitement de l'information, avec une presse largement et généralement favorable à la politique des Etats Unis et d'Israël, et peu encline à montrer, à critiquer ou à commenter les guerres dont sont victimes les populations civiles du Moyen Orient.
Injustice de la société française et de l'opinion publique, obnubilées par l'appétit de consommation, par le matérialisme, par l'individualisme, et insensibles à la misère. La manifestation de dimanche dernier pour la "liberté d'expression", dans sa conception la plus dévoyée, était aussi le défilé de la trouille. De la trouille au nom de laquelle beaucoup sont sans doute prêts à accepter d'importantes atteintes aux libertés qu'ils prétendent défendre.
Perte de tous les repaires moraux, et culte de la violence dans les médias et au cinéma. Surdité avérée aux appels lancés par le pape François, par le patriarche Cyrille, par d'autres, par la conscience, pour plus de justice et de respect.
Les attentats de la semaine dernière auraient pu agir comme un électrochoc. Mais, reprenant peu à peu ses esprits, la société française donne des signes qui ne sont guère encourageants.
Les lycéens ayant refusé de participer la semaine dernière à la minute de silence organisée dans leurs établissements sont traités de "petits cons" par un grand journaliste, invité dans un débat télévisé. L'insulte peut difficilement être considérée comme une pédagogie.
La publication d'un rapport du Sénat américain sur les tortures pratiquées par la CIA dans le cadre de la lutte anti-terroriste ne soulève pratiquement aucune indignation en France où certains, réclamant déjà l'adoption d'un patriot act à la française, s'accommoderaient sans doute de quelques aménagements avec la morale si cela pouvait assurer leur sécurité.
La manifestation des "Je suis Charlie", dimanche dernier, témoigne elle aussi d'une profonde incompréhension de ce qui s'est passé, et qui ne saurait être réduit à une attaque contre la liberté d'expression.
En fait, une lutte plus efficace contre le terrorisme passe par une redéfinition de la politique étrangère de la France qui doit refuser tout alignement, et qui doit donner une cohérence à ses actions extérieures. Il est également nécessaire de "mettre le paquet" sur la question du chômage, et de prendre enfin réellement en charge toute une population de jeunes, livrés à eux-mêmes et soumis aux tentations de la délinquance et de l'extrémisme.
Mais pour cela, il faudra avant toute chose un véritable sursaut moral de la société française qui, au lieu de se bercer de mots et de slogans sur les libertés et les droits individuels, devra retrouver les valeurs que sont l'esprit de justice et de tolérance.
Vaste programme, car notre société est menacée par un mélange détonnant, constituée par une mauvaise lecture de l'Islam, une injustice généralisée, et une jeunesse désespérée, et donc manipulable.
Le gouvernement prend quelques mesures policières ou techniques, le contrôle des frontières, celui des armes en circulation ne sont toujours pas assurés. Oui, ces mesures sont sans doute utiles, mais c'est un simple cataplasme, posé non pas sur une jambe de bois, mais sur une machine infernale.
Lettre à Charlie
Même pas mal, et toujours raison!
Charlie Hebdo décide de publier une nouvelle fois les caricatures du Prophète.
Décidément, Charlie, tu as de l'humour.
Humour digne de la maternelle, humour fonds de commerce que tu pratiques depuis plus de quarante ans, et qui t'autorise certainement à te réclamer de Voltaire.
Humour méprisant.
Humour intolérant, humour insultant.
Humour d'athées qui moquent les religions, et qui ne comprennent pas que l'athéisme est aussi une croyance.
Humour manque de respect, humour haineux qui fait mal, et qui cause des blessures, car les insultes sont des coups.
Humour de propagande et de sarcasme.
Humour qui divise, qui nourrit le terrorisme et la guerre.
Humour qui tue, car le crayon du caricaturiste, c'est parfois la plume de Brasillach.
Pourtant, Charlie, après ce qui vient de se passer, la philosophie du journal ne change apparemment pas, ça se résume en somme à "même pas mal, et toujours raison".
Tu dis, Charlie, que renoncer à publier des caricatures, ce serait vivre à genoux. Mais renoncer à respecter les autres, s'en prendre à ce qu'il y a de plus profond et de plus intime chez l'individu, ses croyances, n'est-ce pas cela être à genoux, à genoux devant une autre religion, celle de l'athéisme militant et intolérant?
Encore une chose, Charlie. Ce qui s'est passé la semaine dernière, ça dépasse largement le problème de la liberté d'expression. Caricatures de Charlie ou pas, le terrorisme existe depuis longtemps, les prétextes d'attentats ne manquent pas. Dire que les victimes de la semaine dernière sont mortes pour la liberté d'expression, c'est comme d'écrire sur les monuments aux morts que les soldats tués sont morts pour la France. C'est un prix de consolation pour les survivants.
Tu le devines, je ne suis pas "Charlie", je n'appréciais pas ton humour, je n'ai pas la même idée que toi de la liberté d'expression, je trouve que la tienne est dévoyée.
Et pourtant, Charlie, ça te semblera sans doute étrange, les assassinats, tous les assassinats de la semaine dernière m'ont bouleversé, rien ne peut les justifier. J'aimais Cabu et Wolinski. Les autres, je ne les connaissais pas. Je ne connaissais pas les policiers, je ne connaissais pas les victimes juives de l'hyper casher, mais je n'ai pas besoin de les avoir connus pour avoir de la peine.
Peut-être que toi qui comprends l'humour, tu comprendras aussi ce paradoxe.
Ce paradoxe, c'est le mien, c'est celui de tous ceux qui pensent comme moi, et qui sont réduits au silence. Nous qui voulons la paix, nous qui voulons plus de justice, plus de vérité dans la presse, plus de morale, une autre politique, nous qui nous battons contre tous les terrorismes, nous qui voulons en comprendre les causes, nous qui ne pouvons nous exprimer dans les médias, nous qui en sommes réduits à écrire sur des blogs que personne ne lit, nous sommes peut-être condamnés à mourir, mais nous n'avons pas peur, car nous non plus, nous ne voulons pas vivre à genoux. Nous nous battrons, et nous nous défendrons. Contre le terrorisme, notre meilleure arme, c'est la justice et la tolérance.
J'ai déjà trop parlé. Alors, ave, Charlie, morituri te salutant.
Charlie Hebdo décide de publier une nouvelle fois les caricatures du Prophète.
Décidément, Charlie, tu as de l'humour.
Humour digne de la maternelle, humour fonds de commerce que tu pratiques depuis plus de quarante ans, et qui t'autorise certainement à te réclamer de Voltaire.
Humour méprisant.
Humour intolérant, humour insultant.
Humour d'athées qui moquent les religions, et qui ne comprennent pas que l'athéisme est aussi une croyance.
Humour manque de respect, humour haineux qui fait mal, et qui cause des blessures, car les insultes sont des coups.
Humour de propagande et de sarcasme.
Humour qui divise, qui nourrit le terrorisme et la guerre.
Humour qui tue, car le crayon du caricaturiste, c'est parfois la plume de Brasillach.
Pourtant, Charlie, après ce qui vient de se passer, la philosophie du journal ne change apparemment pas, ça se résume en somme à "même pas mal, et toujours raison".
Tu dis, Charlie, que renoncer à publier des caricatures, ce serait vivre à genoux. Mais renoncer à respecter les autres, s'en prendre à ce qu'il y a de plus profond et de plus intime chez l'individu, ses croyances, n'est-ce pas cela être à genoux, à genoux devant une autre religion, celle de l'athéisme militant et intolérant?
Encore une chose, Charlie. Ce qui s'est passé la semaine dernière, ça dépasse largement le problème de la liberté d'expression. Caricatures de Charlie ou pas, le terrorisme existe depuis longtemps, les prétextes d'attentats ne manquent pas. Dire que les victimes de la semaine dernière sont mortes pour la liberté d'expression, c'est comme d'écrire sur les monuments aux morts que les soldats tués sont morts pour la France. C'est un prix de consolation pour les survivants.
Tu le devines, je ne suis pas "Charlie", je n'appréciais pas ton humour, je n'ai pas la même idée que toi de la liberté d'expression, je trouve que la tienne est dévoyée.
Et pourtant, Charlie, ça te semblera sans doute étrange, les assassinats, tous les assassinats de la semaine dernière m'ont bouleversé, rien ne peut les justifier. J'aimais Cabu et Wolinski. Les autres, je ne les connaissais pas. Je ne connaissais pas les policiers, je ne connaissais pas les victimes juives de l'hyper casher, mais je n'ai pas besoin de les avoir connus pour avoir de la peine.
Peut-être que toi qui comprends l'humour, tu comprendras aussi ce paradoxe.
Ce paradoxe, c'est le mien, c'est celui de tous ceux qui pensent comme moi, et qui sont réduits au silence. Nous qui voulons la paix, nous qui voulons plus de justice, plus de vérité dans la presse, plus de morale, une autre politique, nous qui nous battons contre tous les terrorismes, nous qui voulons en comprendre les causes, nous qui ne pouvons nous exprimer dans les médias, nous qui en sommes réduits à écrire sur des blogs que personne ne lit, nous sommes peut-être condamnés à mourir, mais nous n'avons pas peur, car nous non plus, nous ne voulons pas vivre à genoux. Nous nous battrons, et nous nous défendrons. Contre le terrorisme, notre meilleure arme, c'est la justice et la tolérance.
J'ai déjà trop parlé. Alors, ave, Charlie, morituri te salutant.
vendredi 11 mai 2012
Justice : des cas de déferrement
« Affaire des pompiers de PARIS : la brigade de PARIS réagit au déferrement. »
C’est le titre d’un enregistrement vidéo publié sur le site du journal « Le Parisien » du 12 mai.
Déferrement ?
Ainsi, c’est donc vrai, les suspects placés en garde à vue sont maintenant enchaînés ! On ne leur retire leurs chaînes que lors de leur présentation à un juge, quand ils sont déférés. C’est inhumain.
Mais Pchetchkov le savait. Un communiqué du Syndicat de la magistrature avait déjà, il y a un an environ, évoqué le déferrement. Pchetchkov n’avait alors rien dit.
Eh bien, s’il faut à présent déferrer les déférés, et puisque la pratique se généralise, on comprend que les services de justice soient débordés.
samedi 14 avril 2012
Déclaration d'amour!
Un candidat à l’élection présidentielle a dit que les Français ne s’aiment pas ! C’est malheureusement vrai, les Français ne s’aiment pas. Pour s’aimer, il faudrait avoir conservé une certaine estime de soi-même, une certaine dignité, une certaine fierté d’être Français.
Si les Français ne s’aiment pas, qui pourrait bien les aimer? Plus personne ne les aime, et moi non plus, du reste, je ne les aime pas. Je n’aime ni leur politique, ni leurs hommes politiques.
Leur politique, c’est celle d’un pays vaincu en 1940, la conduite déshonorante de certains pendant l’Occupation, la passivité des autres, à l’exception d’une poignée d’individus courageux. Sur le plan moral, la France ne s’est jamais relevée de ce désastre, elle reste habitée par le sentiment d’une faute, d’une défaillance, d’une culpabilité inexpiable.
La Première guerre mondiale, la der’ des der’, avait été suivie par une montée du pacifisme. Au cauchemar de la seconde guerre, avec les dénonciations, les arrestations, les exécutions, les déportations, le massacre de la population juive, succède l’envie d’oublier, d’oublier le crime. D’oublier, mais pas de changer.
Personne n’a changé. Il faut des dizaines d’années pour que soit jugé Papon, Bousquet est reçu par le Président de la République, les pays démocratiques ferment les yeux sur les massacres de civils ou sur la torture, quand leurs armées ne la pratiquent pas elles-mêmes. Les interventions extérieures se font au nom des droits de l’Homme, mais les intérêts économiques sont bien présents. Des millions de gens vivent, en France, dans la misère et les difficultés, mais aussi, dans l'indifférence générale.
Pourtant, la démocratie, les droits de l’Homme sont devenus le nouveau catéchisme. Le pèlerinage à Strasbourg est rédempteur, la nouvelle religion a ses dévots, ses prédicateurs, ses jésuites et ses intégristes.
Une religion, une église peut-être, mais pas de Dieu. La spiritualité est absente. Dieu est absent, les seuls dieux sont ceux de la presse et des médias, le paradis est à portée de la main. Aucun effort n’est demandé, si ce n’est d’adhérer au nouveau canon. Il suffit que les droits de l’Homme soient respectés. Le citoyen, rassuré par tant d’humanisme, et libéré de toute aspiration morale, pourra jouir de tous les bienfaits de la vie matérielle. Sans le savoir, et sans en prendre conscience, la société est devenue non seulement hédoniste, mais en fait complètement matérialiste et individualiste.
Le citoyen, d’ailleurs, s’efface derrière le consommateur. Il n’est plus qu’un numéro – numéro de carte bancaire, numéro d’assuré social, numéro de portable - , il n’a que des droits, il peut toujours trouver moins cher et meilleur, puisque le seul critère, la seule valeur, c’est l’argent. Pour l’obtenir, tous les coups bas sont permis , seul le résultat compte.
Alors, dans une telle société, y-a-t-il encore place pour l’amitié, pour le courage, pour la loyauté, pour la sincérité, pour la solidarité, pour la morale ? Poser la question, c’est déjà y répondre.
Il existe pourtant un espoir. La France existe encore, elle existe par son histoire, par sa culture, par sa langue. Je vous ai dit que je n’aime pas les Français. Mais j’aime la France. Beaucoup d’entre nous aiment encore la France. Notre France, c’est la France de l’effort, du travail, c’est la finesse de l’esprit français, c’est l’art de la conversation, c’est l’esprit inventif des Français, ce fut longtemps leur courage. Tout cela est bien loin des modèles qui nous sont proposés.
Parce que les Chinois nous vendent beaucoup de marchandises, nous sommes comme sidérés par leur réussite, nous nous extasions devant leur succès économique. Pourtant, malgré la légende, les Chinois n’ont rien inventé. Qu’y a-t-il de plus vulgaire que d’exploiter une main d’œuvre à bas coût pour produire moins cher ? Tout cela est d’une banalité écrasante, et ne procède d’aucun génie, c’est une économie d’esclavagiste et d’usurier. Ce n’est certainement pas un modèle.
Les Etats-Unis ? L’Amérique, matérialiste et barbare, n’est pas non plus mon modèle.
L’Europe ? Mais quel spectacle nous donne aujourd’hui l’Europe ? Vous nous dîtes que l’avenir de la France, c’est la France dans l’Europe, ou avec l’Europe. Pourquoi pas ? Mais qui donc a empêché nos dirigeants de faire l’Europe, depuis le temps qu’on en parle ? Faites-la , l’Europe, l’Europe fédérale, l’Europe des nations, l’Europe de la finance, l’Europe que vous voulez. Mais cessez de nous en parler, c’est lassant et inutile, car l’Europe n’est pas l’avenir de la France, la France existera, avec ou sans l’Europe, et tant qu’existeront des Français .
L’espace naturel de la France, ce n’est pas l’Europe, c’est le monde, son sanctuaire, c’est la francophonie. La France ne s’arrête pas aux frontières de la métropole. La France, c’est une histoire, c’est une culture, c’est un état d’esprit, c’est une langue. Si vous aimez tout ça, si vous aimez l’idée française, vous êtes Français.
La France, ce n’est pas non plus un champ clos, ce n’est pas une propriété. On ne gère pas la France comme un syndicat de copropriétaires. La France, l’idée française, c’est comme une femme que l’on aime, pour laquelle on est prêt à tout, à tous les efforts, à tous les sacrifices, à toutes les générosités. C’est une femme forte, parfois autoritaire, mais bonne, juste, pleine de bon sens. C’est une femme qui m’a envoyé à l’école, qui m’a permis d’apprendre, qui m’a enseigné l’effort, qui ne m’a rien promis. C’est une femme généreuse qui aime et qui prend soin de ses enfants, de tous ses enfants. Cette France-là, je continue de l’aimer.
lundi 9 avril 2012
A propos des élections présidentielles : "Roulez, jeunesse!"
Dernières propositions des favoris de l'élection présidentielle : elles concernent le permis de conduire pour les jeunes.
Pendant que les jeunes pourront circuler peut-être sans assurance, mais avec le permis, ceux qui sont restés sur le bord de la route, les quatre millions de chômeurs et de demandeurs d'emploi, pourront les voir passer.
Sarkozy a dit de Hollande qu'il était nul!
Entre ces deux-là, n'est-ce pas pas le débat d'idées qui serait nul?
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