Dans le
fond, je le savais. François Fillon ne pouvait pas gagner. Accusé, sali, traîné
dans la boue, couvert d’insultes depuis des semaines, trahi par la classe
politique, trahi par les gens de son propre parti, Fillon ne pouvait pas l’emporter.
C’était tout simplement impossible.
Pourtant,
j’espérais. J’espérais, car je n’ai jamais cessé de garder de l’estime pour cet
homme qui avait le courage de ses opinions et d’un programme qu’il savait
impopulaire, pour un homme dont je
savais qu’il était injustement livré à la vindicte de l’opinion publique. Il
nous faudra sans doute des années pour comprendre à quel point les accusations
haineuses lancées contre lui ne reposaient sur rien, ou sur si peu de choses,
pour saisir toute l’hypocrisie de ses accusateurs, et pour réaliser à quel
point la France s’est trompée en se privant d’un candidat qui avait toutes les
faiblesses d’un homme, mais qui en même temps avait toute la force, tout le
courage, toute la conviction, toute l’étoffe et toutes les qualités d’un
président. Dommage ! Dommage, mais pas pour lui ! Dommage pour nous qui
n’avons pas pu ou pas su le soutenir.
François
Fillon, n’en doutons-point, a « bénéficié »
de la part de la justice et des médias d’un « traitement de faveur ».
De mémoire de juge, d’avocat, aucune enquête n’avait été ouverte avec une telle
célérité sur la foi d’un simple article de presse, aucune affaire n’avait donné
lieu à autant de violations de la confidentialité de l’enquête, aucune affaire
n’avait mobilisé à l’encontre d’un homme politique autant de magistrats, de « juges »
politisés, ou plus exactement, de procureurs, car les procureurs, en principe,
ne jugent pas et ne rendent pas de jugements. Tout cela aurait dû inviter l’opinion
à plus de circonspection, mais la circonspection n’est pas la qualité première
des partisans de la loi de Lynch.
Oui,
François Fillon a été lynché. Son épouse également. Elle mérite l’amour et le
respect. Elle mérite les excuses de la France.
Heureusement,
je n’ai pas participé à ce lynchage, je n’ai décoché à François Fillon aucun
coup de pied lorsqu’il était à terre, je ne lui ai lancé aucun crachat, et
encore aujourd’hui, je lui garde toute mon estime. Je continue de croire que
François Fillon a été accusé injustement. L’idée même de cette injustice m’est
insupportable, parce que j’ai été avocat, parce que j’ai été juge, ou tout
simplement, parce que je ne supporte pas le mensonge, et que les accusations
lancées contre Fillon étaient par trop mensongères. Fausses révélations,
fausses indignations, et véritable complot ! Voilà toute la triste
affaire.
François
Fillon avait fait état de ses convictions chrétiennes. Cela aussi lui a été
reproché. Pourtant, qu’y-a-t-il de plus beau que l’idéal chrétien ?
Comment ne pas adhérer aux valeurs du christianisme qui touchent bien plus que
le cercle des croyants et des pratiquants ? En Russie, le dirigeant communiste Ziouganov
a un jour déclaré qu’il était un « orthodoxe non croyant ». Cette
déclaration avait pu paraître paradoxale, voire incompréhensible. Pourtant, oui, il est possible de croire, mais de ne pas
pratiquer une religion, de ne pas être « catho », selon l’expression méprisante,
dédaigneuse utilisée par les socialistes, les francs-maçons, les athées, les
ennemis de la spiritualité. Il est possible sans véritablement « croire »
de partager les valeurs chrétiennes. Oui, il reste possible de croire, de
croire dans l’amour de la vérité, de la justice, du bien, qui, dans la nuit du
monde, doivent continuer de nous guider, et de nous mettre à l’abri des écueils,
comme un feu isolé au milieu des récifs, sur une mer agitée.
Oui,
François Fillon, c’était aussi cela. Il ne prétendait pas être un saint, mais
simplement un chrétien, et pour cette raison aussi, je l’ai aimé.
Face à
lui, un adversaire venu de nulle part qui déclare à Las Vegas (Etats Unis
d’Amérique) : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir
milliardaires ». Amour étalé de l’argent.
J’ai
donc voté pour Fillon. Il est battu. C’est peut-être un mal pour un bien, car s’il
avait été élu, il n’aurait sans doute jamais pu réaliser le programme de
réformes qu’il proposait à la France. Il aurait rencontré l’opposition féroce,
méchante, malintentionnée de tous les corporatismes, de tous les intérêts particuliers, de toutes
les ambitions contrariées, de toutes les jalousies, de toutes les haines, de
toutes les insatisfactions qui se sont déchaînées au cours de son interminable lynchage.
François
Fillon dont, tôt ou tard, les mérites véritables seront reconnus, n’avait donc vraisemblablement
que peu de chances de réussir.
Pourquoi
ai-je néanmoins tant voulu le soutenir ? Je ne suis pas membre de son
parti, je n’ai pas ses idées, je suis « souverainiste »,
je ne pense pas que le libéralisme sans frontières puisse offrir une quelconque
solution. Pourtant, je l’ai aimé – je l’ai
dit – pour ses valeurs qui étaient aussi les miennes, je l’ai aimé parce que c’était
un homme injustement traîné dans la boue, je l’ai aimé parce qu’il était trahi,
je l’ai surtout aimé parce que j’ai senti en lui, au-delà de ses convictions
européennes, un amour charnel, inexplicable, presque irrationnel de la France.
Et je voudrais lui dire aujourd’hui que son calvaire n’aura pas été vain.
J’aime
Fillon. J’aimerais l’accueillir à tout moment, j’aimerais le réconforter, j’aimerais
lui dire à quel point nous sommes frères.
Néanmoins,
je ne suivrai pas les consignes de vote qu’il a données au soir du premier
tour, car je ne peux pas voter pour la mondialisation, je ne peux pas voter
pour le culte de l’argent, je ne peux pas voter pour la négation de la France.
Je suis peut-être, ou sans doute, minoritaire.
Qu’importe !
Minoritaire, je l’ai toujours été ! J’appartiens à ce carré des derniers
Français, des derniers citoyens libres qui sont morts à Waterloo, sous la
mitraille anglaise, sous les charges prussiennes, mais qui sont morts la tête
haute, et non pas fuyards, écrasés, enfoncés, étouffés dans la boue, sous les
roues des chariots de la débâcle, poussés par les mufles bataves, prussiens et
anglais!
Non à
Macron ! Non à la mondialisation ! Vive la France ! Avec le
dernier carré, je dis « merde », «merde », « merde » à
la République, »merde » aux socialistes, « merde » à tous ceux qui se disent « en marche» ,
qui ne vont nulle part et qui veulent m’écraser!